Fragments d’une ville : Un rébus urbain sublime et insoluble dans un monde sans pitié.
Après avoir exposé un extrait de la série Cinza, réalisée en 2014 à São Paulo, Marc Dumas revient à la Galerie Umcebo avec « Réburbain », une nouvelle série sur l’espace urbain, réalisée cette fois-ci à Paris. Vernissage le Jeudi 5 Avril 2018 à partir de 18h30

Parcourant la ville à pied sans aucun a priori, Marc Dumas a collecté tout au long de ses déambulations des fragments urbains tout à fait ordinaires. Mais on ne sait pas par quelle inexplicable magie, ces morceaux de ville sont, dans les images, transfigurés.

Affranchis de leur fonction originelle, ils sont devenus autres, et dévoilent leur nature secrète, jusqu’alors cachée, invisible. Ce sont tantôt des totems, tantôt des autels participant à “une cosmogonie de la ville à l’agonie” : coins de rue anonymes, installations anti-SDF, morceaux de murs, fragments de vitrines, sacs poubelle, bâches de travaux publics, bites, barrières, jardinières, boîtes aux lettres, protections anti-pigeons, arbres, statues, graffitis… En somme, toute la panoplie d’objets banals, communs, fonctionnels, « sans qualité » et « sans grâce » auxquels nous, les citadins, sommes confrontés chaque jour.

 

 

 

Si c’est du côté de la technique qu’il faut chercher une explication, disons que pour réaliser ces images Marc Dumas a choisi d’employer, à rebrousse-poil, un téléobjectif 100 mm utilisé habituellement pour faire des portraits et qu’il a choisi le format « figure » (vertical) là où d’autres auraient naturellement employé le format « paysage » (horizontal), ou encore qu’il a adopté un point de vue absolument frontal.

Il s’agit donc d’un acte photographique volontaire destiné à extraire les fragments de leur contexte, éliminer le hors-champ, effacer la marge, décontextualiser… En somme, faire du non- paysage !

Mais ceci n’expliquant pas cela, notons une indéfinissable étrangeté qui ne s’explique pas, une légère lueur peut-être, une lumière inhabituelle, une couleur incongrue…
Puis, les images, groupées en diptyques ou triptyques, forment des rébus urbains dont le sens semble toujours sur le bout des lèvres sans jamais se laisser apprivoiser :
Tenir un œuf + Pics anti-pigeon = Où est la bête ? Tout s’explique…

De l’ensemble, il ressort la sensation d’une ville interdite, où tout parcours est contraint, canalisé par des barrières, murs, barreaux, grillages, bâches qui délimitent les frontières à ne pas franchir, les limites de notre liberté.

Une ville où les rares terrains vagues restent les seuls espaces à occuper par nos rêveries de liberté.
Où un pot de fleur ou une jardinière deviennent le symbole qui marque la lisière d’un monde absurde.
Où des objets incongrus, plantés là pour une raison inconnue, rivalisent avec l’art contemporain.
Où les messages laissés par des inconnus sont comme des bouteilles à la mer.
Où le délabrement des objets urbains est la preuve ultime de la révolte des citadins face à la non-pérennité d’un environnement chaotique et fonctionnel à la fois.
Dans ce contexte, l’acte photographique devient un acte de résistance. Une révolte douce avec les traces complices du temps qui passe, oscillant dans la dialectique du beau et du laid : « Extraire d’un pli de béton une image, comme la mauvaise herbe qui se loge dans les anfractuosités du béton, de l’acier ou du verre et qui bouleverse un espace fonctionnaliste sans vie. »
La ville, un territoire hostile à dompter pour tenter d’échapper à la programmation urbaine, au cauchemar climatisé tel que le décrivait déjà Henry Miller dans les années 50.

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