A la fois familier et anonyme, l’arbre de nos villes est considéré comme un bien commun. Il est généralement associé à la qualité de vie urbaine, car il remplit des fonctions esthétiques mais aussi environnementales et même sociales. Évoluant au fil des mois, il vient régulièrement rappeler aux citadins l’existence d’une nature ponctuée par des saisons.

Les photos de Sorina Săvulescu nous forcent à regarder de plus près ces invisibles que l’on côtoie quotidiennement, souvent sans les remarquer. Son travail, résultat d’une vision sensible et sincère, incite à s’attarder sur leurs textures, leurs formes robustes ou longilignes, qui se perdent ou contrastent avec le paysage urbain.

 

 

« Moi, l’arbre de ta ville

Dans ta ville, je me tiens là où tu me mets.  « J’occupe » un espace. Tu veux que je sois beau, grand, taillé, coiffé, enduit de chaux, aligné. Jusqu’au moment où tu me remplaceras, pour un autre arbre, ou pour rien, peut-être.

Et toi, homme, bâtis la ville tout alentour. C’est seulement toi qui le fais. Quant à moi, seulement j’existe.

Durant chaque jour, chaque nuit, je m’élève, je me romps, je m’étale au dessus de tes pas, et vers les toits de tes maisons.

Durant chaque année de ma vie, tout à la fois jeune et vieux dans l’alternance des lumières et des couleurs, de vert, de noir, de fleurs et de fruits, je t’accompagne.

Alors, à chaque seconde, quand toi, le maître, tu oublies de vivre, regarde-moi, et souviens-toi de toi. »

Sorina Săvulescu

 

Il y a quelques années, Sorina Săvulescu eut, entre les mains, un appareil photographique, c’était la première fois. L’acuité de son regard, déjà repéré dans ses écrits, traversa l’objectif. Encouragée par ses amis photographes, architectes ou journalistes, elle persévéra, se forma à la technique et aux subtilités de cet outil. Elle poursuit son travail, sur de multiples sujets, guettant, tel un épervier en chasse, les paysages, la ville, la vitesse, les personnages, par tous les temps et en tous lieux.